La liste des militants progressistes-conservateurs à la direction des bureaux de scrutin continue de s’allonger partout au Nouveau-Brunswick.

Le progressiste-conservateur Leo Doiron discute avec des journalistes, la nuit.

Le progressiste-conservateur Leo Doiron, après sa défaite lors de l’élection partielle de 2004 dans la circonscription de Shediac-Cap-Pelé.

Photo : Radio-Canada / Archives

Au bureau de scrutin de Shediac-Beaubassin-Cap-Pelé, le directeur, Leo Doiron, a un sourire dans la voix au téléphone. Il ne veut pas confirmer qu’il est le même Leo Doiron qui a déjà été candidat progressiste-conservateur en 2004 dans la même région. Téléphonez à Fredericton, tranche-t-il en riant.

À Saint-Quentin dans le bureau de scrutin de Restigouche-Ouest, le directeur Benoît Cyr confirme qu’il est bel et bien l’ex-député progressiste-conservateur de la circonscription élu en 1999, tout en demandant pourquoi on lui posait cette question.

Benoît Cyr, dans la chambre de l'Assemblée législative de Fredericton, lors de son mandat comme député.

L’ancien député de Restigouche-Ouest de 1999 à 2003, Benoît Cyr, est maintenant directeur de scrutin dans la circonscription qui l’a fait élire.

Photo : Radio-Canada / Archives

Dans la circonscription voisine, le directeur du bureau de scrutin de Restigouche-Chaleur, Gérald Mallais, s’est lui aussi porté candidat sous la bannière bleue dans la circonscription de Nigadoo-Chaleur en 2006.

Si la liste officielle d’Élections Nouveau-Brunswick indique que Jean Marquis est le directeur du bureau de scrutin de Madawaska-Les-Lacs-Edmundston, il s’agit plutôt de Jean-Guy Marquis, qui était président de l’association progressiste-conservatrice de cette circonscription.

Le cas de la conjointe du président du Parti progressiste-conservateur, Claude Williams, qui est directrice du bureau de scrutin de Baie-de-Shediac-Dieppe en a fait sourciller plusieurs. Tout comme celui de la directrice du scrutin à Caraquet, qui est la conjointe de l’agent officiel du candidat progressiste-conservateur local de la présente élection.

« Ça affecte la perception », affirme Élections N.-B.

La directrice générale d’Élection Nouveau-Brunswick, Kimberly Poffenroth, est bien au fait de l’historique de plusieurs de ses directeurs de scrutin. Ça affecte la perception d’indépendance de notre organisme et celle de ces personnes-là.

Je n’ai pas de raison de croire qu’ils ne sont pas indépendants, ils connaissent l’importance d’être non partisans et d’être au-dessus de la politique dans l’exercice de leurs fonctions, mais ç’a certainement des conséquences sur la perception d’indépendance.

Kimberly Poffenroth assise à un bureau devant une affiche d'Élections NB.

La directrice générale des élections au Nouveau-Brunswick, Kimberly Poffenroth, en 2018.

Photo : La Presse canadienne / Kevin Bissett

Au Nouveau-Brunswick, les directeurs de scrutin sont nommés par le gouvernement en place. C’est une pratique que la directrice souhaite changer.

C’est vraiment contraire à la nature non partisane et indépendante de notre bureau.

En 2019, elle a justement recommandé au gouvernement progressiste-conservateur de lui céder les pouvoirs de nommer les directeurs de scrutin. Les perceptions, c’est souvent aussi important que ce qui arrive sur le terrain.

Quand vous percevez une interférence politique dans la nomination d’un directeur de scrutin, ça apporte des questions sur la neutralité malgré le fait qu’ils font un bon travail et font des efforts pour conserver cette neutralité.

Nous estimons qu’il est très important que les directeurs de scrutin ne soient pas seulement non partisans, mais qu’ils paraissent également non partisans.

Le même processus « depuis des décennies »

Le rôle d’Élections Nouveau-Brunswick est limité, explique pour sa part le porte-parole Paul Harpelle.

vetting] des directeurs de bureau de scrutin. Nous sommes tenus de travailler avec les candidats qui sont nommés et de leur rappeler leur devoir d’impartialité.”,”text”:”C’est le gouvernement au pouvoir qui a le dernier mot sur les nominations et qui est responsable de la vérification [vetting] des directeurs de bureau de scrutin. Nous sommes tenus de travailler avec les candidats qui sont nommés et de leur rappeler leur devoir d’impartialité.”}}” lang=”fr”>C’est le gouvernement au pouvoir qui a le dernier mot sur les nominations et qui est responsable de la vérification [vetting] des directeurs de bureau de scrutin. Nous sommes tenus de travailler avec les candidats qui sont nommés et de leur rappeler leur devoir d’impartialité.

C’est le même processus qui est en place depuis des décennies!

Ça marche de cette façon depuis très longtemps et je pense qu’il est temps pour le Nouveau-Brunswick de faire ce changement, au même titre que les autres provinces au pays, ajoute sa collègue Kimberly Poffenroth.

Au Québec, les directeurs de scrutin dans les circonscriptions sont nommés pour dix ans à la suite d’un concours public tenu par Élections Québec. Les personnes intéressées par une telle fonction ne doivent même pas être membres d’un parti politique.

Les libéraux veulent changer ce système « archaïque »

Dans son autobus de campagne électorale, le chef libéral Kevin Vickers, invité à réagir, affirme sans ambages que le temps est venu d’enlever au gouvernement la responsabilité de choisir les directeurs de scrutin.

Nous avons remarqué qu’il y a beaucoup de directeurs de scrutin qui avaient des liens avec le parti conservateur, affirme-t-il. C’est une préoccupation pour nous. Je pense qu’une chose importante, c’est la perception. Si les directeurs de scrutin pouvaient être sélectionnés d’une façon indépendante du gouvernement, ce serait mieux pour tout le monde.

L’organisateur libéral de Caraquet, Bernard Thériault, qualifie ce système d’archaïque.

Le ministre des Transports, Claude Williams

Le président du Parti progressiste-conservateur, Claude Williams, lorsqu’il était ministre des Transports en 2014.

Débat chez les progressistes-conservateurs

Toutefois, le président du Parti progressiste-conservateur, Claude Williams, n’y voit pas de problème et semble bien s’accommoder de ce système.

Ces personnes ont prêté serment qu’elles allaient faire leur travail au meilleur de leurs connaissances, dit-il.

Elles travaillent à Élections Nouveau-Brunswick et il y a des règles à suivre. Il ne faut pas toujours questionner l’intégrité des personnes parce qu’elles ont été associées à un parti politique, peu importe lequel.

Un gros plan d'une affiche d'Élections N.-B.

Des progressistes-conservateurs sont nommés au poste de directeur du scrutin de circonscriptions.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Toutefois, le candidat progressiste-conservateur à Caraquet Kevin Haché, dont l’agent officiel est le conjoint de la directrice de scrutin de la circonscription, voit d’un bon œil les recommandations de la directrice générale des élections.

Moi je pense que ça serait une bonne idée que se soit géré par Élections N.-B. Les gens postuleraient et ça serait un comité indépendant qui les engagerait. Moi je serais complètement d’accord avec ça […] Mais je ne questionne pas l’intégrité des personnes.

Kevin Haché observe toutefois que le phénomène concerne aussi ses adversaires libéraux. Lorsqu’on regarde dans le passé, lorsque c’étaient les libéraux, je pense qu’il y avait beaucoup de libéraux qui travaillaient pour Élections N.-B. Lorsque ce sont les conservateurs, je pense qu’ils font la même chose.

Les libéraux aussi ont « péché »

En effet, les nominations à saveurs partisanes ne sont pas l’apanage des progressistes-conservateurs. L’organisateur libéral Bernard Thériault le reconnaît.

Les libéraux ont eux aussi probablement péché dans le passé, mais ils seraient prêts à donner à la direction générale des élections carte blanche pour l’embauche des directeurs de scrutin, affirme-t-il. Il faut qu’on se débarrasse de ce système-là… qui est un peu comme une ligue de hockey.

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