Le ciel était déchaîné. Le ballet d’éclairs dans le ciel d’Ottawa avait de quoi fasciner et inquiéter, à l’image de cette interminable soirée.

Le Parti conservateur avait l’occasion d’attirer tous les projecteurs dans sa direction. Il a réussi, mais certainement pas pour les raisons qu’il souhaitait. C’est comme si la foudre était venue tout saboter.

Il était 1 h 05 lundi matin quand le parti a finalement dévoilé le nom du successeur d’Andrew Scheer. Il était 1 h 37 quand le tout nouveau chef a terminé son discours par les mots suivants : Je m’appelle Erin O’Toole. Je crois en ce pays et je me présente pour vous servir en tant que premier ministre. Merci, bonne nuit!

Avec un peu de chance, le Parti conservateur a réussi à faire vivre en direct aux Britanno-Colombiens le point culminant de cette course lancée en janvier. Mais pour la plupart des Canadiens, il était trop tard.

Pourtant, la direction du parti avait prévu publier les résultats du premier tour de scrutin en début de soirée dimanche. Il faut savoir que le dépouillement des bulletins de vote avait commencé bien avant l’aube, vers 4 h. Les déboires technologiques sont venus gâcher la fête.

Une journaliste consulte son téléphone portable.

Une journaliste consulte son téléphone portable devant un écran installé par le Parti conservateur qui indique le report de l’annonce des résultats de la course à la direction de la formation politique. Le nom du nouveau chef Erin O’Toole a finalement été connu durant la nuit.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

En fait, 20 % des 175 000 bulletins reçus par la poste ont été endommagés par les machines servant à ouvrir les enveloppes qui les contenaient.

Nous ne possédons pas ces machines, elles sont louées, a indiqué le directeur des communications du Parti conservateur du Canada, Cory Hann.

Qui est propriétaire de ces machines? Étaient-elles utilisées pour la première fois par la formation? En fin de journée lundi, le Parti conservateur du Canada n’avait toujours pas répondu à ces questions.

Mais selon des scrutateurs qui étaient sur place, le même type d’équipement avait été utilisé en 2017, lors de la précédente course à la direction.

Selon ces mêmes scrutateurs, la taille de l’enveloppe était plus petite cette fois-ci, et les machines n’avaient pas été recalibrées ni même testées avant le dépouillement.

Il a donc fallu recoller les bulletins endommagés ou retranscrire le vote sur un bulletin de remplacement. Mais comme le parti a manqué de nouveaux bulletins pour certaines des circonscriptions, d’autres ont dû être imprimés sous la supervision de la firme Deloitte qui avait le mandat de surveiller et de vérifier le processus ainsi que les résultats.

Il s’est donc écoulé près de 24 heures entre le début du dépouillement et l’annonce du résultat final. Aurait-il mieux valu pour le Parti conservateur de commencer cet exercice la veille?

C’est impensable. Quand vous commencez ce processus, tout le monde a besoin d’être enfermé dans la même salle jusqu’à la fin. C’est nécessaire pour s’assurer de préserver le secret, répond Cory Hann.

Une machine déjà testée par Élections Canada

Et s’il devait y avoir un vote plus important par la poste lors des prochaines élections générales?

Compte tenu du contexte de pandémie, un groupe de travail à Élections Canada se penche sur ce scénario depuis avril.

Il faut savoir qu’Élections Canada a eu recours pour la première fois à ce type de machine lors du scrutin général d’octobre 2019. Cette technologie, similaire à celle qu’a utilisée le Parti conservateur, avait alors permis de dépouiller près de 200 000 bulletins de vote spéciaux.

Nous évaluons continuellement la capacité de nos machines, indique une porte-parole d’Élections Canada, Natasha Gauthier. On les a testées au maximum avant les dernières élections, vraiment de A à Z. On a même essayé de les briser. À chaque fois, on a calibré les machines et on n’a perdu aucun bulletin de vote pour cause de déchirure ou de mauvaise fonction de la machine.

Enquête interne?

Pendant ce temps, 24 heures plus tard, le Parti conservateur soutient n’avoir reçu pour l’instant aucune demande d’enquête interne de la part de membres sur ce cafouillage. Il y a toujours une analyse a posteriori qui se déroule. Nous allons certainement regarder ce qui s’est bien déroulé et ce qui peut être amélioré.

Un des objectifs à l’issue d’une course à la direction est de projeter l’image d’un parti politique en santé et prêt pour la suite. Dans ce cas-ci, le Parti conservateur peut difficilement blâmer la foudre ou Justin Trudeau pour avoir manqué cette occasion.

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