Les candidats à la direction du Parti conservateur du Canada ne s’entendent pas nécessairement sur la façon dont la discrimination raciale s’incarne dans les institutions du pays.

Contrairement à la veille, lors du débat en français, le Comité organisateur de l’élection du chef (COEC) avait décidé d’aborder le sujet de front, lors du deuxième et dernier débat de la course à la direction, qui se tenait en anglais, jeudi soir, à Toronto.

Une question posée par un jeune homme d’Ottawa, une heure après le début de la joute, a notamment permis à Peter MacKay, considéré comme l’un des deux favoris à la succession d’Andrew Scheer, de reconnaître clairement l’existence du racisme systémique au Canada.

Je crois qu’il faut reconnaître que le racisme systémique existe. Il existe dans nos institutions et dans nos communautés.

Selon lui, le moment est venu d’agirIl faut écouter ceux qui vivent cette réalité; faire de grands efforts de sensibilisation; et éliminer les barrières.

Les réponses des trois autres candidats – Erin O’Toole, Derek Sloan et Leslyn Lewis – ont été plus ambiguës.

Erin O'Tool en débat.

Erin O’Toole constate qu’il y a du racisme au Canada et que le pays doit changer ses façons de faire, mais rechigne à utiliser l’expression « racisme systémique ».

Photo : La Presse canadienne / Tijana Martin

M. O’Toole – qui est considéré comme l’autre favori de la course au leadership – a souligné que les membres du PCC n’avaient aucune tolérance pour le racisme et l’antisémitisme. Il s’est toutefois gardé d’utiliser l’expression racisme systémique, tant durant le débat que lors de la mêlée de presse qui a suivi.

Mme Lewis en débat.

Sans parler explicitement de racisme systémique, Leslyn Lewis estime que certaines institutions canadiennes, comme la police et le système judiciaire, devaient être « réformées ».

Photo : La Presse canadienne / Tijana Martin

Pédagogue, Leslyn Lewis a préféré faire la différence entre « racisme » et « racisme systémique » plutôt que de se prononcer clairement sur le sujet.

Pour illustrer son propos, elle a d’ailleurs souligné après le débat qu’à une certaine époque, les francophones du Canada, forcés de parler anglais, avaient eux-mêmes été victimes de racisme systémique par le passé.

Aujourd’hui encore, de nombreux Québécois n’arrivent pas à être servis dans la langue de leur choix, a déploré Mme Lewis, ce qui, sans nécessairement répondre à la définition de racisme systémique, constitue à tout le moins une forme de discrimination.

Derek Sloan en débat.

À travers ses recherches, Derek Sloan affirme qu’il n’a trouvé aucune loi au pays qui discrimine les gens différemment selon leur pays d’origine ou la couleur de peau, à l’exception de la loi québécoise sur la laïcité de l’État.

Photo : La Presse canadienne / Tijana Martin

Derek Sloan a reconnu pour sa part que le Canada avait commis des erreurs, mais que c’était un pays ouvert et diversifié, à l’exception de la loi québécoise sur la laïcité de l’État, qui est selon lui une forme de racisme systémique.

Interrogés par la presse après le débat, Peter MacKay et Leslyn Lewis n’ont pas voulu se prononcer sur le sujet. Seul Erin O’Toole a déclaré qu’il ne partageait pas l’avis de M. Sloan et qu’à titre de chef conservateur et de premier ministre, il respecterait la compétence de l’Assemblée nationale sur cet enjeu.

Moins de prises de bec

Contrairement à mercredi, le débat de jeudi a débuté à l’heure juste, sur le coup de 19 h (HAE).

La soirée était animée par la coprésidente du COEC, Lisa Raitt, à qui l’on avait confié la tâche de soumettre aux candidats les questions transmises au cours des dernières semaines par les militants du parti.

Généralement, les échanges ont été moins hargneux que la veille, les candidats préférant diriger leurs attaques vers le premier ministre Justin Trudeau plutôt que vers leurs adversaires.

Et ils ont eu plus de temps pour le faire. Le débat de jeudi a duré deux heures, tandis que celui de mercredi n’a duré que 90 minutes.

Une course à quatre aux allures de duel

Le premier débat, en français, avait notamment permis de constater l’intensité de la rivalité entre Peter MacKay et Erin O’Toole; l’absence de consensus clair sur les questions sociales; et les lacunes de tous les candidats, à commencer par Leslyn Lewis et Derek Sloan, en ce qui a trait à la maîtrise de la langue française.

Depuis, Peter MacKay a fait savoir par communiqué qu’il avait obtenu l’appui du député de Portneuf—Jacques-Cartier, Joël Godin, qui avait soutenu Erin O’Toole lors de la course au leadership de 2017.

Comme mercredi, le débat de jeudi se déroulait une fois de plus sans public, pandémie oblige.

Ces deux débats devaient avoir lieu il y a quelque temps, mais la crise du coronavirus a provoqué leur report.Suspendue le 26 mars dernier, la course à la direction a repris le 30 avril dernier.

Les membres du PCC auront jusqu’au 21 août pour voter par correspondance pour leur prochain chef. Le résultat sera annoncé dès que ces bulletins pourront être correctement traités et examinés par les scrutateurs tout en respectant les directives sanitaires en vigueur à ce moment-là, explique le parti sur son site web.

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