L’ancien député néo-démocrate Romeo Saganash croit que le temps est venu de lancer une enquête nationale au Canada sur la relation entre les policiers et les Autochtones. Les incidents s’accumulent et l’indignation prend de l’ampleur au pays.

L’ex-député, issu de la nation crie, s’est battu toute sa carrière pour les droits des peuples autochtones. Il réclame aujourd’hui une réforme en profondeur des pratiques policières au Canada.

Il y a une responsabilité de faire une réflexion profonde, dit-il.

Alors que la lutte contre la brutalité policière et le racisme mobilisent les foules, M. Saganash est outré par une série d’événements violents qui se sont déroulés au Canada.

La mort de Chantel Moore, une jeune Autochtone de 26 ans abattue par un policier la semaine dernière au Nouveau-Brunswick, a créé une onde de choc dans les communautés autochtones au pays.

Une autre femme autochtone nous a quittés trop tôt. C’est inacceptable, avait déclaré Perry Bellegarde, le chef national de l’Assemblée des Premières Nations.

Les images d’une arrestation musclée d’un homme au Nunavut ont aussi suscité l’indignation ces derniers jours.

Cette fin de semaine, Allan Adam, chef d’une Première Nation albertaine, a fait une sortie publique, affirmant avoir été brutalisé par des policiers de la Gendarmerie royale du Canada en mars.

La photo de son visage tuméfié a scandalisé Romeo Saganash. Ça me désole, ça me dégoûte totalement, lâche-t-il.

Le chef Allan Adam se tient à côté une photo de son visage tuméfié. Il tient une plume dans sa main.

Allan Adam, chef de la Première Nation Athabasca Chipewyan, allègue avoir été maltraité en mars par des agents de la GRC de Wood Buffalo, dans le nord de l’Alberta.

Photo : Radio-Canada / Jamie Malbeuf

Même son de cloche de Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador. “,”text”:”Si on est capable de faire ça à un chef autochtone, imaginez comment le reste de notre population est à la merci [des autorités policières]”}}” lang=”fr”>Si on est capable de faire ça à un chef autochtone, imaginez comment le reste de notre population est à la merci [des autorités policières] , déclare-t-il.

Si des enquêtes externes et indépendantes ont été déclenchées sur ces incidents, elles sont insuffisantes, juge M. Saganash. Je ne crois pas que la police qui enquête sur la police va régler quoi que ce soit par rapport à tout ça, explique-t-il.

À ses yeux, une enquête nationale à l’échelle du pays, inspirée de la commission Viens au Québec, permettrait de se pencher sur le fonctionnement de la GRC et des autres corps de police, afin de mettre en oeuvre des changements.

Des actions immédiates

Pour Ghislain Picard, le temps des commissions et des rapports est terminé : il faut maintenant passer à l’action. Il y a presque 30 ans, en 1992, un rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones avait déjà déterminé les failles du système de justice au Canada, rappelle-t-il.

Il interpelle le gouvernement Trudeau et lui demande de passer de la parole aux actes

Il y a un rendez-vous important pour le courage politique ici et prendre le taureau par les cornes.

M. Picard croit que le gouvernement doit, par exemple, revoir les formations données aux agents. Il y a des séances de sensibilisation. Pourquoi ça ne produit pas l’effet qui est souhaité, demande-t-il, alors que les minorités visibles continuent d’être beaucoup plus ciblées que d’autres segments de la population.

Il croit aussi que d’équiper les policiers de caméras corporelles pour filmer leurs interventions permettrait de réduire la méfiance envers les forces de l’ordre, par exemple.

« Cette injustice doit cesser »

Marc Miller, le ministre des Services aux Autochtones, a exprimé son indignation sur Facebook samedi face aux événements des derniers jours.

Une fois de plus, nous avons été témoins du cycle de violence et de racisme qui se répète. Nous devons faire face à la réalité : nos institutions continuent de laisser tomber les peuples autochtones du Canada, a-t-il écrit.

Nous reconnaissons que nous avons beaucoup de travail important à faire pour lutter contre le racisme institutionnalisé et systémique.

Nous devons revoir la formation, le recrutement, assurer une plus grande représentation des peuples autochtones dans les forces de police, et nous avons besoin d’une direction forte pour tenir les officiers responsables de leurs actions, a-t-il ajouté.

Avant tout, il faut rétablir la confiance entre les policiers et les Autochtones, selon Ghislain Picard. C’est loin d’être au rendez-vous, fait-il remarquer.

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